L’hermine sur le drapeau breton

L’hermine sur le drapeau breton

Une simple chanson a suscité des réactions irritées de la part de certains habitants de Bretagne.

Un couplet du groupe de rap français Bigflo & Oli décrit en effet ceci :

“À Brest et Rennes, je me suis senti un peu con

Quand les gens m’ont dit qu’ils étaient pas français, mais bretons

Des marins au grand cœur, un petit peu trop ivres

Naviguant sur une mer de cidre ».

Certains Bretons ont apprécié que leur belle région soit citée. D’autres ont trouvé, au contraire, que cela faisait trop cliché. “Lâchez notre drapeau !” (*), pouvait-on même lire dans les commentaires des internautes.

Pourquoi cette allusion au drapeau breton ?

Parce que le Gwenn ha Du (“blanc et noir”) représente en effet tous les territoires de Bretagne. Et parler de la Bretagne (« Breizh », en breton), c’est donc symboliquement faire allusion à son drapeau, véritable emblème de toute la région bretonne et de ses habitants.

Rassurez-vous, nul besoin de revendiquer un certain régionalisme pour comprendre la signification du drapeau breton, dont l’hermine représente un symbole fort.

Car le Gwenn ha Du se compose, certes, de 9 rayures blanches et noires, mais 11 hermines y sont également représentées.

Voici l’histoire du Gwenn ha Du.

Vous allez ainsi découvrir pourquoi l’hermine figure sur le drapeau breton.

 

La composition graphique du drapeau breton

 

Voici le visuel du Gwenn ha Du :

Seules deux couleurs figurent donc sur le drapeau breton : le blanc et le noir. D’où le nom de cet étendard : le “Gwenn ha Du”. Gwenn signifie “blanc” et Du veut dire “noir” en langue bretonne (ha signifie “et”).

Officiellement, le rapport entre la hauteur et la largeur de ce drapeau est de 2:3 : ainsi, quelle que soit l’unité, la hauteur sera de 2 unités et la largeur de 3 unités, afin de conserver correctement les proportions du drapeau. Certains drapeaux bretons vendus ne respectent pas cette proportion mais peu importe : le destinataire est tout de même fier d’arborer le sien !

Observez bien le graphisme du Gwenn ha Du : il se compose de 9 bandes horizontales, blanches et noires et, dans le coin supérieur gauche, d’un drôle de petit symbole en 11 exemplaires : il s’agit d’une hermine.

 

Les bandes blanches et noires du Gwenn ha Du

 

Le drapeau breton comporte 5 rayures noires et 4 rayures blanches. Ces 9 bandes représentent les provinces historiques de la région bretonne, correspondant aux anciens évêchés.

Les provinces représentées sur les 5 bandes noires sont celles de Haute-Bretagne, correspondant aux villes bretonnes suivantes :

  • Dol
  • Saint-Malo
  • Rennes
  • Saint-Brieuc (le Penthièvre)
  • Nantes.

 

Les 4 bandes blanches, quant à elles, représentent les anciennes provinces de Basse-Bretagne (les villes indiquées figurent à titre indicatif, pour situer facilement les évêchés) :

  • la Cornouaille (évêché de Quimper)
  • le Léon (Brest)
  • le Trégor (Tréguier, Morlaix…)
  • le Vannetais (Vannes).

 

Les 9 bandes du drapeau breton correspondent donc à des territoires bretons particuliers.

 

Les hermines sur le drapeau breton

 

Le drapeau breton le plus répandu à l’heure actuelle comporte 11 hermines, même s’il ne s’agit pas de la seule version. Les hermines, ces petits symboles identiques, sont placées en haut à gauche du drapeau, côté mât.

Le terme exact est d’ailleurs “mouchetures d’hermine”. Il est employé en héraldique, la science étudiant les armoiries et blasons. Ce terme désigne en fait la queue de l’hermine, un animal symbole de pureté : en hiver, le bout de sa queue reste noir, alors que tout le reste du corps devient blanc.

La moucheture d’hermine figure ainsi sur de nombreuses représentations anciennes, liées à la Bretagne, au clergé et à certaines familles bretonnes. La duchesse Anne de Bretagne, par exemple, aurait gracié une courageuse hermine faisant face à une meute de chiens à côté d’une mare de boue : elle en fit alors son emblème, car l’hermine préférait mourir que de se salir. « Plutôt la mort que la souillure » devint ainsi la devise de la Bretagne.

L’hermine en héraldique présente donc une signification particulière, provenant de l’animal lui-même et de sa symbolique historique. On la retrouve, de nos jours, dans de nombreux noms de lieux ou bâtiments.

 

Le symbole de l’hermine sur le drapeau breton

 

L’ajout des 11 mouchetures d’hermines est récent. Le drapeau breton a connu différentes modifications et n’était pas constitué ainsi à l’origine. Le symbole de l’hermine sur ce drapeau est apparu ou a disparu à plusieurs reprises, au fil des événements de l’histoire de France.

Ces onze mouchetures d’hermine ont ainsi été placées par le créateur du drapeau breton actuel : Morvan Marchal.

 

L’ajout des hermines sur le drapeau breton

 

Morvan Marchal était un architecte breton. Il était également artiste et illustrateur.

Il a cofondé un groupe régionaliste breton.

De 1923 à 1925, souhaitant offrir un emblème à un mouvement de la jeunesse de Bretagne, il s’attelle à l’élaboration du Gwenn ha Du. Son idée était de créer un drapeau breton à l’esprit moderne. D’ailleurs, le graphisme général du Gwenn ha Du rappelle fortement celui des États-Unis, même si l’argument souvent avancé est celui de la reprise des éléments graphiques du blason de la ville de Rennes. Morvan Marchal voulait également faire figurer, en grand nombre, la forme des hermines primitives (le symbole héraldique). Il en a donc placé onze, en haut à gauche du drapeau.

Son œuvre représente ainsi, par les bandes blanches, les pays bretonnants (la Basse-Bretagne) et, par les bandes noires, les territoires bretons parlant le gallo (la Haute-Bretagne). Ces bandes figurent donc la diversité des Bretons. Les hermines, quant à elles, constituent le symbole de la Bretagne depuis des siècles, comme nous l’avons vu.

 

Le premier drapeau représentant la Bretagne

 

Saviez-vous que le premier drapeau de la Bretagne ne comportait pas d’hermine ?

Il s’agissait, en effet, d’un simple rectangle blanc traversé d’une croix noire. On l’appelle le « Kroaz Du » : « Croix noire », Kroaz signifiant croix (et Du : eh bien, vous le savez déjà, n’est-ce pas ?)

Ce drapeau est utilisé depuis le Moyen-Âge (depuis l’époque des croisades) et il est notamment placé sur les bateaux, en guise de pavillon maritime.

Le Kroaz Du

L’énumération des différents drapeaux bretons et leur évolution au fil des siècles feraient l’objet d’un ouvrage entier !

 

Sachez juste que cette évolution s’est accompagnée de l’apparition du symbole de l’hermine, au fil de l’histoire de France. Elle figurait notamment sur les boucliers et écus au Moyen- ge, puis sur les armoiries des Ducs de Bretagne. En cela, elle constitue un véritable emblème, cher au cœur des Bretons.

N’hésitez donc pas à parcourir les nombreux articles intéressants et instructifs sur ce drapeau particulier, au fil de nos navigations sur internet. C’est toute l’histoire de la Bretagne qui se joue sous vos yeux. Elle flotte toujours aujourd’hui dans les airs, devant des mairies bretonnes ou encore sur des monuments bretons.

Allez admirer le joli Château de l’Hermine à Vannes, ancienne résidence principale des Ducs de Bretagne !

Le Gwenn ha Du ondule également fièrement sur les remparts de Saint-Malo.

 

Partez à la rencontre de l’histoire de la Bretagne et de son hermine !

 

Remparts de Saint-Malo – Gwenn ha Du flottant au vent
(Photo : site Pixabay – Merci à JACLOU-DL)

(*) Référence du commentaire « Lâchez notre drapeau !» : article intitulé « Gwenn ha Du et ciré jaune, Bigflo et Oli chantent la Bretagne »

 

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